Le nombre de prénoms distincts ne cesse d'augmenter dans notre pays [NB : la Belgique]. C'est ce qui ressort d'une analyse effectuée par l'Institut national de Statistique. Au 1 janvier 2002, il y avait très exactement 111.956 prénoms féminins contre 93.592 prénoms masculins, ce qui revient à dire qu'un même prénom est porté en moyenne par 54 personnes chez les hommes et par 47 personnes chez les femmes. Le nombre de prénoms distincts a augmenté plus ou moins dans la même proportion pour les deux sexes : en l'espace de 40 ans, ce nombre s'est accru de près de moitié. Un même prénom se retrouve plus souvent chez les Flamands que chez les Wallons et les Bruxellois, mais le nombre de prénoms distincts augmente plus fortement en Flandre que dans les deux autres régions.
Les raisons de cette diversité croissante sont probablement multiples : la composition multiethnique de plus en plus marquée de la population, les contacts de plus en plus fréquents avec l'étranger, l'individualisation, l'affaiblissement des traditions, une plus grande souplesse des services de l'état civil, et l'impact des nouvelles possibilités d'explorer l'éventail des prénoms. Le milieu social des parents semble également jouer un rôle dans le choix du prénom.
Un nombre toujours croissant de prénoms se retrouve donc en circulation, quels que soient les chiffres de population.
En l'espace de 40 ans, l'éventail des prénoms distincts féminins s'est enrichi de 46% et celui des prénoms distincts masculins de 47%. Le phénomène de flambée du nombre de prénoms se manifeste toutefois plus vigoureusement en Flandre : en 40 ans, il a subi une augmentation de 70% chez les flamandes et de 72% chez les flamands. En Wallonie, le nombre de prénoms distincts s'est accru de 32% chez les filles et de 29% chez les garçons, alors qu'à Bruxelles cette augmentation a été respectivement de 10% chez les filles et de 17% chez les garçons. Il s'agit probablement là, pour partie, d'un simple effet de rattrapage : en effet, en dépit d'une hausse plus marquée de la diversité en Flandre, il continue d'y avoir - toutes proportions gardées - davantage de prénoms en Wallonie, et bien plus encore à Bruxelles. Ainsi qu'il a été suggéré plus haut, cela est en partie l'effet de la présence d'un nombre plus important d'étrangers ou de personnes de souche étrangère dans ces deux régions.
Comment s'explique la diversification des prénoms?
Une première explication pourrait être la perte d'homogénéité de notre société suite à l'immigration et aux mariages avec des étrangers ou avec des personnes d'origine étrangère. La composition de la population est de plus en plus multiethnique, et chaque entité ethnolinguistique apporte son fonds propre de prénoms. Même les groupes de population d'importance numérique relativement faible ont, de ce point de vue, un effet non négligeable. Les contacts de plus en plus fréquents avec les pays étrangers, les influences culturelles, l'impact des médias et le niveau d'instruction croissant ont pour effet que notre société est de moins en moins "monolithique".
En même temps que l'éventail de prénoms est de plus en plus large, de nouveaux outils ont fait leur apparition pour chercher un prénom (livres recensant les prénoms, articles de presse, sites Internet spécialisés).
Le poids des grandes traditions diminue fortement. Jadis, les prénoms passaient généralement de grand-père à petit-fils et de grand-mère à petite-fille. Cela est beaucoup moins le cas de nos jours.
Sans doute existe-t-il aussi une propension plus forte d'affirmer sa propre individualité, afin de se démarquer du plus grand nombre. L'attribution d'un prénom est l'une des manières de souligner cette individualité. Davantage qu'autrefois, les prénoms ont une fonction expressive et distinctive (sans préjudice de leur valeur esthétique). À travers le choix qu'ils font d'un prénom pour leurs enfants, les parents - que ceci soit ou non délibéré - révèlent en même temps quelque chose sur eux-mêmes ou une part d'eux-mêmes. Ainsi, ce n'est certes pas un hasard si à partir des années '80 se fait jour un certain engouement pour des prénoms renvoyant à la vie spirituelle, tels que Harmonie, Eden, Peace, Trinité, Tao et Zen. Les prénoms semblent par ailleurs avoir une durée de vie assez limitée : dans la plupart des cas, la crête de la courbe de fréquence s'étale sur quelques dizaines d'années, après quoi la courbe replonge. Certains prénoms présentent en revanche une courbe de fréquence plus régulière : en réalité, ceux-ci sont d'une occurrence plus rare, et par là même peuvent avoir cours de manière continue sur une longue période. "Quand trop de gens sont porteurs du même prénom, leur pouvoir identifiant est trop faible", indique le docteur Gerrit Bloothooft.
En outre, les communes ne rechignent plus beaucoup à accepter des prénoms. Ce qui était encore souvent le cas dans le passé : les prénoms devaient provenir de la Bible, de l'Antiquité classique ou du "calendrier usuel" (listes établies par l'état civil des prénoms autorisés avec leur graphie). En 1987, la loi a été assouplie. L'article 1 de la loi relative aux noms et prénoms du 15 mai 1987 stipule que l'officier d'état civil ne peut enregistrer dans l'acte de naissance aucun prénom de nature à prêter à confusion ou à porter préjudice à l'enfant ou à des tiers. Il n'y a plus guère de prénoms tabous, du moins sous l'angle d'une période suffisamment longue. Même le nom d'Adolf est encore attribué sporadiquement (4 fois dans les années '70, 3 fois dans les années '80 et une fois dans les années '90) ainsi que celui d'Adolfo et quelques composés (Amond-Adolf, Léon-Adolf).
Maints prénoms bibliques disparaissent, faisant place à un contingent, plus nombreux, d'autres prénoms. Sans doute faut-il y voir en partie un effet de la déchristianisation croissante de notre société. La communauté musulmane non plus n'échappe à cette laïcisation. La tradition musulmane consistant à nommer le fils aîné Moham(m)ed persiste, mais dans une mesure moindre qu'auparavant.
Les parents n'ont pas la possibilité de choisir leur patronyme, mais ils ont en revanche le droit de choisir un prénom pour leur enfant, droit dont ils usent volontiers. L'individu actuel est émancipé, et les domaines où règne la liberté ne sont pas laissés inexploités. Les parents vont souvent très loin dans leur quête de prénoms originaux et spéciaux. Quelques exemples : Poppy, Sterremelijn, Tsippy, Twinky, Tricky, Zorro, Storm, Thorgal, Maybe, etc.